Contribution de l’ACAF au grand débat

Septembre 2010

 

S’inspirant de 36 années d’actions et de contribution à l’éducation des enfants et des jeunes en Nouvelle Calédonie, mouvement laïc d’éducation populaire, l’ACAF a décidé de rendre hommage à la démarche de démocratie participative initiée par le gouvernement de la Nelle Calédonie en contribuant au « grand débat ».

 

Le grand débat avait pour premier objet annoncé d’élaborer un projet éducatif pour la Nelle Calédonie, nous regrettons qu’à ce jour, il semble être restreint  au seul champ de l’école.

 

En effet, dans le pari du destin commun, de la citoyenneté ébauchée par l’accord de Nouméa, notre objet est bien de tisser les liens entre toutes les composantes de notre société et de faire que chacun ait accès à la réussite sociale, c'est-à-dire que chacun trouve sa place sur la base d’un principe : chaque individu est susceptible de progrès, ce progrès est source de plaisir et s’enrichit de l’autre.

 

Comment pourrions-nous imaginer le destin commun sans une cohésion sociale forte ?

 

La réussite scolaire est donc à notre sens une des composantes de cette réussite sociale L’école n’est pas une institution isolée de son environnement, elle reçoit des enfants et des jeunes qui ont un vécu, une culture, une famille, un parcours de vie …, il lui faut intégrer toutes les dimensions de l’individu, contribuer à son éducation en interaction avec l’environnement de ce dernier.

 

Nous avons coutume de dire que l’enfant évolue dans 3 grands espaces-temps : la famille, l’école et le temps libre. Complémentaires, ils doivent « éduquer » en synergie, c'est-à-dire suivant le principe que, chaque personne que l’enfant rencontre ou/et chaque situation qu’il vit, exercent une influence sur lui. C’est ce que nous appelons la coéducation. Le temps passé dans la famille et le temps libre sont ensemble trois fois plus important que celui passé à l’école, comment pourrions-nous les ignorer en terme de projet éducatif ?

 

L’éducation n’est pas que l’affaire des professionnels, elle est celle de tous les citoyens. L’enfant en est le centre. Pour qu’il ne soit pas tiraillé entre ses différents espaces de vie, il doit pouvoir faire le lien à l’école comme ailleurs, ne pas vivre dans des mondes parallèles.

 

Vu et vécu de notre espace d’action, que nous situons dans la complémentarité, notre association est souvent confrontée à l’isolement et l’enfermement de l’école : polyvalence et accessibilité des locaux, contribution des enseignants, location exorbitantes des collèges, informations non transmises….

 

Notre investissement dans les temps libres de l’enfant et du jeune correspond à une attente sociale des familles quand les parents qui travaillent disposent de cinq semaines de congés par an face à dix sept semaines de vacances scolaires. C’est pour nous un formidable potentiel qu’il nous faut investir en terme d’éducation.

 

La citoyenneté est une notion dynamique, elle se construit en permanence, elle s’exerce à l’échelle d’un pays, d’une ville, d’un village ou d’une tribu, du ou des groupes au sein desquels on vit, on agit. C’est une affaire de lien, de relation entre les femmes et les hommes d’un même groupe.

Aujourd’hui, nous devons construire sur deux fronts cette citoyenneté de la Nouvelle Calédonie : l’implanter aujourd’hui et la préparer pour demain.

 

A l’occasion de notre trentième anniversaire, en 2004, nous avions organisé un colloque : « éducation et citoyenneté ». Parmi les recommandations émises, il en est une qui a dominé :

 

« la citoyenneté, cessons d’en parler, vivons la »

 

Nous pensons donc, qu’au centre de loisirs comme à l’école, dans le groupe, dans la classe, il nous faut proposer aux enfants (et aux jeunes dans les collèges et les lycées), des situations qui vont permettre d’exercer la citoyenneté, d’en acquérir les compétences.

 

Ces compétences pourraient être déclinées de la façon non exhaustive  suivante :

 

                Pour les savoirs être :

 

ü      La capacité à se respecter soi même,

ü      La capacité à respecter l’autre,

ü      La capacité à respecter les règles de l’espace où on est,

ü      La capacité à s’informer, à mettre en relation des informations,

ü      La capacité à s’exprimer,

ü      La capacité à argumenter,

ü      La capacité à écouter, à s’ouvrir à l’autre et à se remettre en cause,

ü      La capacité à réinterroger ses propres valeurs,

ü      La capacité à prendre des décisions collectives,

ü      La capacité à assumer ses responsabilités,

ü      La capacité à évaluer les conséquences de ses actes,

ü      La capacité à gérer les conflits et analyser les rapports de forces,

ü      La capacité à faciliter la participation de chacun,

ü      La capacité à faciliter l’expression des contradictions ….

 

                Pour les savoirs :

 

ü      La connaissance de sa propre histoire et de celle de son groupe,

ü      La connaissance de l’histoire des autres et de leurs groupes,

ü      La connaissance de l’histoire commune et partagée,

ü      La connaissance de sa propre culture,

ü      La connaissance de la culture des autres,

ü      La connaissance des institutions de son propre pays,

ü      La connaissance des pays de la région et des autres pays du monde ….

 

 

Les temps d’expression ou de parole formalisés et accompagnés, les temps de vie de la classe, les projets coopératifs, les foyers socio-éducatifs, les délégués de classe, les conseils d’école, la vie associative, l’évaluation formative et l’auto évaluation … sont des outils à mettre en place, à ressortir de l’oubli ou à dynamiser.

 

A l’heure des projets de socle commun parfois réducteur, de la « masterisation » des enseignants, de la « violence scolaire », du collège qui se plaint de l’école où l’enfant n’a rien appris, du lycée qui se plaint du collège, du cloisonnement entre les niveaux, nous pourrions replacer l’enfant et le jeune au centre, considérer que la scolarité est pour lui un déroulement en continu comme sa vie dans les différents espaces qui devrait constituer un tout homogène.

 

L’élève dans sa classe, est un individu à part entière, comme l’adulte, comme l’enseignant. La pédagogie est le moyen que l’enseignant éducateur utilise pour que l’élève fasse les apprentissages nécessaires. Deux conditions préalables sont incontournables dans cette situation :

-          établir une relation avec l’élève, s’intéresser à lui, à ce qu’il est, à ce qu’il vit.

-          Favoriser ses apprentissages en prenant en compte ses acquis réels et non pas ceux attendus par l’enseignant.

 

Si la Nouvelle Calédonie à besoin de cadres, d’une élite représentative des composantes de sa population, elle a aussi impérativement besoin d’une réussite sociale et scolaire massive pour établir sa cohésion sociale.

 

Sans faire du « nombrilisme îlien », il nous apparaît nécessaire que le corps enseignant soit plus représentatif de la population, plus à proximité de l’enfant du pays, plus à même de le comprendre.

Le mode de recrutement des enseignants au sein des remplaçants expérimentés à l’IFM NC nous apparaît conforme à cette nécessité. Le premier souci de l’école n’étant pas le statut des enseignants, nous pourrions imaginer que pour la formation initiale des instituteurs, la formation pédagogique à l’IFM NC soit  privilégiée.

L’IUFM serait alors espace de formation complémentaire après un nombre d’années de pratique professionnelle, permettant d’accéder à d’autres compétences et au statut de professeur des écoles ou du secondaire.

Le recrutement des enseignants métropolitains devrait s’assurer de leur capacité de « décentration » et définir une mission et des compétences conformes au projet éducatif de la Nelle Calédonie.

 

Nous le voyons, il nous faut accentuer la proximité de l’école, en faire un espace de vie pour les élèves, où ils apprennent, où ils sont reconnus, où ils participent.

 

Beaucoup de textes et de discours évoquent la notion de communauté éducative, mais en fait l’école laisse peu de place aux familles : faire des kermesses pour financer le photocopieur, gérer la distribution et la récupération des livres, rencontrer le professeur au prix de longues files d’attente, parfois participer à des réunions où les initiés parlent une langue incompréhensible…. Et si l’école profitait du savoir, de l’expérience des parents et des grands parents ?

 

Il est surprenant d’entendre la réaction des parents quand nous leur proposons un centre de loisirs organisé dans des bâtiments scolaires, ces parents sont même parfois eux-mêmes des enseignants.

A les entendre, on pourrait penser que l’école n’est qu’un lieu « d’apprentissage » voire de « souffrance » !

Nous avons probablement là, un effort de conception des infrastructures scolaires à faire : les imaginer plus polyvalents, plus ouverts sur l’environnement et les différents temps de vie de l’enfants et du jeune.

 

En Nelle Calédonie comme ailleurs, le questionnement sur l’école porte souvent sur le collège et le lycée, qui ne sont jamais que le révélateur des déficits antérieurs. En améliorant la maternelle et le primaire de façon prioritaire, nous aurions déjà un impact sur la suite de la scolarité. Mais nous pouvons aussi nous interroger sur la nécessité de ces ruptures successives imposées à l’enfant : maternelle-primaire-collège-lycée qui viennent renforcer les cloisonnements dont l’enfant et le jeune sont victimes quand ils ne satisfont pas aux exigences de la discontinuité du système.

 

La simple transposition des objectifs et dispositifs nationaux est antinomique avec la démarche d’un projet nouveau ou d’une rénovation. En effet, comme toute démarche de projet il nous faut commencer par une analyse de la situation existante, des données sociales et culturelles …. Pour proposer des réponses adaptées à la situation et aux perspectives de la Nouvelle Calédonie.

 

En conclusion, en tant qu’association d’éducation populaire, farouche militante d’une approche globale et transversale de l’éducation, nous pensons que l’éducation à la citoyenneté pourrait bien être, dans les enjeux de la Nouvelle Calédonie, le support d’un lien qui peine à se tisser entre la famille, l’école et la société elle-même.

 

 

 

 

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